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Isabelle Addict

  Age : 31 Inscrit le : 27 Jan 2008 Messages : 2942
| Sujet: Re: Les ailes du vent Sam 7 Juin - 22:54 | |
| | merci pour cette suite.. |
|  | | Jacqueline Addict

  Age : 63 Inscrit le : 15 Déc 2007 Messages : 3528
| Sujet: Re: Les ailes du vent Dim 8 Juin - 15:06 | |
| | Belle fic bravo |
|  | | sedb Modératrice


  Age : 20 Inscrit le : 08 Oct 2006 Messages : 9493
| |  | | Victoire Addict


  Age : 38 Inscrit le : 04 Déc 2007 Messages : 2618
| Sujet: Re: Les ailes du vent Lun 9 Juin - 18:46 | |
| | Toujours aussi agréable à lire, j'adore! |
|  | | ima Nouveau

  Age : 28 Inscrit le : 22 Sep 2006 Messages : 22
| Sujet: Re: Les ailes du vent Mar 10 Juin - 11:21 | |
| Il est vrai que pour rattraper cette erreur Harm va devoir faire beaucoup d'efforts !! Cette fic est très agréable à lire, bravo ! Vivement la suite !! |
|  | | Didine Administratrice


  Age : 29 Inscrit le : 11 Mar 2006 Messages : 8829
| Sujet: Re: Les ailes du vent Sam 21 Juin - 11:08 | |
| Honte à moi. J'avais zappé, j'étais convaincue d'avoir posté.
Chapitre 7
Domaine de Sarah Mackenzie Dans le salon 22h00
Harriet détacha lentement ses lèvres de celles de Bud.
_ « Bud, je… » Commença t-elle
_ « Je sais ce que vous allez dire, Harriet. Nous n’aurions pas dû, je sais, mais je n’ai pas pu m’en empêcher. C’était au-dessus de mes forces. J’espère que vous me pardonnerez… » Répondit-il en prenant la main d’Harriet pour y déposer un baiser.
_ « Bud je…j’allais dire que j’avais apprécié » murmura Harriet
_ « Ah ? Vraiment, je… »
_ « Ne soyez pas si timide avec moi…laissez vous faire…laissez vous aimer » chuchota t-elle
Harriet approcha ses lèvres de celles de Bud. Ils allaient s’embrasser de nouveau quand Cassie, la jeune domestique, entra dans le salon en courant.
_ « Que madame me pardonne cette intrusion… «
Harriet s’écarta de Bud et se leva du divan.
_ « Que se passe t-il Cassie ? » demanda Harriet
_ « Madame Mackenzie est de retour, madame »
_ « Oh mon dieu ! Quel bonheur ! Allons l’accueillir ! » S’exclama Harriet.
La jeune femme glissa son bras sous celui de Bud et ils se rendirent sur le perron au moment même où Sarah mettait pied à terre. Les deux amies s’étreignirent longuement et Harriet fut la première à prendre la parole.
_ «Oh Sarah, j’ai eu tellement peur, si tu savais…Heureusement, le lieutenant Roberts est arrivé il y a quelques jours et il m’a aidé à garder espoir… » Sanglota t-elle
_ « Calme toi Harriet…Je suis là maintenant, tout va bien… »
_ « Je pensais que John serait venu avec toi »
_ « Il est…enfin, je te raconterais tout çà plus tard. Pour l’instant j’ai seulement envie de manger quelque chose et de me reposer. »
Harm, qui se tenait à l’écart avec Bud, regarda les deux jeunes femmes entrer dans la maison. Il espérait que Sarah se tournerait vers lui et l’inviterait à entrer mais elle ne lui adressa pas un regard.
L’amiral et Clayton les ayant quitté à la gare de Gettysburg, Harm et Sarah avaient fait seuls le chemin jusqu’au domaine. A aucun moment, Sarah ne lui avait adressé la parole. Elle s’était contentée de jouer avec l’alliance qui avait fait d’elle la femme de John durant la mission.
_ « Capitaine ? Capitaine, vous m’entendez ? »
_ « Veuillez m’excuser Bud…Vous disiez ? »
_ « Je disais que je pensais demander très bientôt la main de madame Sims. Je suis conscient que notre rencontre a été des plus inhabituelles et que nous commençons seulement à faire connaissance mais je pense sincèrement que nous ne nous sommes pas rencontrés par hasard. »
_ « Vous avez tout à fait raison, Bud. Ne laissez pas passer votre chance d’être heureux. Tout le monde a droit à sa part de bonheur. »
_ « Oh oui, monsieur. Avec votre permission, j’aimerai rentrer pour prendre des nouvelles de madame Mackenzie »
_ « Je vous suis, Bud ».
Chambre d’Harm Maison de Sarah Mackenzie 4h00
Harm poussa un profond soupir. Cela faisait maintenant plus d’une demi-heure qu’il fixait inlassablement le plafond. Il ne cessait de penser à ces paroles échangées avec Bud, la veille au soir.
‘Ne laissez pas passer votre chance d’être heureux. Tout le monde a le droit à sa part de bonheur’
_ « Tout le monde sauf moi, apparemment » chuchota Harm
Le beau capitaine se sentait très malheureux. Non seulement il devait partir dans quelques heures rejoindre son régiment, mais en plus Sarah continuait de l’ignorer complètement.
En effet, dès leur arrivée hier au soir, elle s’était immédiatement rendue dans sa chambre, accompagnée d’Harriet, et n’en était plus sortie.
_ « Pourquoi tout est si compliqué entre nous… » Chuchota Harm
_ « Je crois avoir déjà entendu cette phrase quelque part… »
Harm tourna la tête et aperçut Sarah sur le pas de la porte. Elle entra dans la pièce et ferma la porte derrière elle.
_ « Sarah, je… »
Harm sauta en bas du lit et vint à la rencontre de la jeune femme. Mais celle-ci tendit les bras devant elle pour l’empêcher de s’approcher plus près.
_ « Restez où vous êtes, capitaine »
_ « Si vous ne voulez pas que je vous approche, dites moi ce que me vaut le plaisir de votre visite si « matinale », Sarah ? »
Face au ton froid et distant de la jeune femme, Harm n’avait pas d’autre choix que d’abandonner, pour un temps, les familiarités.
_ « Je sais que vous partez dans quelques heures. Aussi ai-je décidé de venir vous dire tout ce que j’avais sur le cœur avant de vous voir disparaître définitivement de ma vie, capitaine… »
_ « Pourquoi êtes-vous si dure, Sarah ? Après tout ce que nous avons vécu ensemble, vous n’avez pas oublié, n’est-ce pas ? »
_ « Comment pourrais-je oublier…Vous m’avez trahi, Harm… »
_ « Si par trahison vous voulez parler de cette allusion à Diane, je peux tout vous expliquer. »
Sarah secoua la tête.
_ « Non, je ne veux pas de vos explications. De toute façon, c’est trop tard. Vous avez tout gâché… »
_ « Laissez-moi vous convaincre du contraire…Sarah… »
La jeune femme sentait ses défenses faiblir. En entrant dans la chambre, elle pensait être capable d’affronter Harm sans laisser ses émotions la submerger. Mais, à cet instant précis, elle comprit que son amour pour lui balayait toutes ses incertitudes et sa colère. Elle n’arrivait plus à lui en vouloir. Elle n’avait qu’une envie : aller se blottir dans les bras du beau capitaine et oublier le reste du monde.
Sarah soupira et alla s’asseoir au bord du lit.
_ « D’accord, je vous écoute »
Harm commença à faire les cent pas devant la jeune femme, cherchant ses mots.
_ « Harm, venez vous asseoir, vous me donnez le vertige »
_ « Bien madame » répondit-il avec son sourire habituel.
Ils restèrent ainsi quelques minutes, silencieux, jusqu’à ce qu’Harm se décide à prendre la parole.
_ « Je ne pourrais jamais nier que j’ai aimé Diane, bien au contraire. Elle a été mon premier amour et mon déchirement. Lorsque je l’ai perdu, ma vision du monde en a été bouleversée. Je pensais n’être jamais plus capable d’aimer comme j’avais aimé. Les longues années qui ont suivi m’ont donné raison. Jusqu’à ce que je vous rencontre, Sarah… »
_ « Dois-je comprendre que je vous ai redonné le goût d’aimer ? » demanda la jeune femme en souriant Harm, de son côté, était on ne peut plus sérieux. _ « Je crois que l’on peut dire cela. Et cette nuit, à Fredericksburg, alors que je vous tenais dans mes bras, j’ai compris que c’était vous que Dieu me destinait, que vous étiez la femme de ma vie… »
_ « Je…je suis sûre que je n’ai jamais eu droit à des paroles aussi…je ne sais même pas comment les qualifier… » Annonça la jeune femme, le regard embué par les larmes.
Harm attira Sarah contre lui. Elle noua ses bras autour de sa taille et, pendant un moment, ils se contentèrent d’être ainsi, enlacés…
Harm se détacha de Sarah et, d’un doigt, souleva doucement son menton.
_ « Regardez-moi, Sarah… »
La jeune femme s’exécuta et plongea son regard dans les beaux yeux bleus du capitaine.
_ « Je vous aime, Sarah Mackenzie »
Il l’embrassa avec tant de passion et de sensualité qu’elle sentit monter en elle un désir qu’elle reconnaissait désormais mais qui l’effrayait encore.
Doucement, très doucement, il l’installa dans les oreillers et puis…rien. Il s’écarta.
Il ne continua pas et demeura silencieux.
_ « Harm, regardez-moi… » Annonça Sarah en déposant un léger baiser sur ses lèvres.
Il releva la tête et croisa le regard de la jeune femme. Le désir et l’excitation faisaient briller ses yeux.
_ « Où sont vos mains ? Je veux sentir vos mains sur moi » chuchota t-elle
Elle prit les mains d’Harm dans les siennes et les posa sur ses seins. Harm lui ôta sa chemise de nuit tandis que sa bouche dévorait de baisers chaque partie de son corps qui avait nourri ses rêves depuis cette nuit à Fredericksburg.
_ « Sarah, est-ce que vous êtes sûre de… » Murmura t-il
_ « Taisez-vous et embrassez-moi, capitaine »
Sur ces mots, il lui donna un long baiser, un baiser chaud et tendre, un de ces baisers qui enlèvent tous les doutes et les incertitudes.
Un peu plus tard…
Lorsque, enfin il la lâcha et s’éloigna d’elle, Sarah laissa échapper un gémissement plaintif, comme pour le retenir encore un peu contre elle. Elle était si bien dans ses bras…
Harm se redressa sur un coude et fixa Sarah dans les yeux.
_ « Sarah je…je ne veux plus vous quitter. Je veux rester ici auprès de vous »
_ « Harm, ce n’est pas si simple. L’armée a besoin de vous et je…je sais que j’ai aussi besoin de vous et je »
_ « Sarah, épousez-moi ! » s’exclama Harm
_ « Je…Harm cessez de dire des bêtises » lui répondit Sarah en détournant le regard.
Harm posa sa main sur sa joue et tourna son visage vers lui.
_ « Sarah, je vous aime et je veux que vous deveniez ma femme… »
_ « Je ne peux pas. Je suis désolée » annonça t-elle, la voix rendue tremblante par l’émotion.
Harm regarda, complètement désemparé, les yeux de Sarah s’emplirent de larmes.
_ « Sarah, je ne voulais pas vous faire de la peine. Ma demande est des plus sincères et je »
_ « Je sais Harm, mais je ne peux pas accepter. Je vous aime comme je n’ai jamais aimé dans ma vie mais je ne peux pas vous épouser »
_ « Pourquoi ? »
_ « Vous ne serez pas heureux avec moi. Je ne saurais pas vous rendre heureux. Je ne peux pas vous infliger cela. Ce serait trop égoïste »
_ « Sarah, ne dites pas cela…Je suis heureux avec vous…Vous me rendez très heureux. Pour rien au monde, je ne voudrais changer ce que nous vivons en ce moment…Je n’ai jamais été plus heureux de ma vie et… »
_ « Je ne peux pas avoir d’enfants ! » s’exclama Sarah en éclatant en sanglots incontrôlables
Harm l’attira dans ses bras et la serra étroitement contre lui. Sarah s’agrippa à lui comme au seul élément solide dans cet océan de tristesse qui la submergeait.
Il parvint à la calmer après de longues minutes de câlins et de baisers. Toujours blottie dans ses bras, Sarah se laissait bercer par toute cette tendresse qu’Harm déployait pour la rassurer.
_ « Alors, c’était donc çà. C’était à cause de cela que vous me repoussiez aussi catégoriquement… » Murmura Harm
_ « Harm, vous ne comprenez pas ce que cela signifie… »
_ « J’ai très bien compris. Mais je pense sincèrement que tout problème a sa solution. Il suffit d’y réfléchir »
_ « En ce moment, je ne me sens pas capable de réfléchir à quoi que ce soit. Alors, peut-être que nous pouvons remettre à plus tard cette conversation ? »
_ « Bien sûr »
_ « Harm, je ne…Je ne vous ai pas dit non »
_ « Je sais Sarah »
_ « C’est juste que j’ai besoin de temps »
_ « Ne vous inquiétez pas. Je vous attendrais le temps qu’il faudra. Je serais toujours là pour vous… »
_ « Harm…Gardez-moi encore dans vos bras »
_ « Tout ce que vous voudrez Sarah » _________________

 "Notre vie est un livre qui s'écrit tout seul. Nous sommes des personnages de roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l'auteur."Julien Green |
|  | | Didine Administratrice


  Age : 29 Inscrit le : 11 Mar 2006 Messages : 8829
| Sujet: Re: Les ailes du vent Sam 21 Juin - 11:08 | |
| Chambre de Sarah Mackenzie 2 mois plus tard 25 Septembre 1863, 8h00
Lorsque Sarah ouvrit les yeux, son regard se posa immédiatement sur la place vide à côté d’elle.
Depuis le départ d’Harm pour le front, deux mois auparavant, la jeune femme ressentait comme un manque.
A cette pensée, elle caressa l’oreiller esseulé à ses côtés.
Chassant la mélancolie qui menaçait de gagner ses pensées, Sarah rejeta les couvertures et se leva.
Elle s’approcha de la fenêtre et l’ouvrit. Elle s’appuya sur le rebord et inspira profondément.
C’était une belle journée de Septembre qui commençait. Le grand chêne, qui trônait devant la maison, avait pris ses teintes automnales et ses feuilles qui commençaient doucement à tomber se promenaient dans les allées, se mêlant aux feuilles des autres arbres de la propriété.
Sarah se retourna lorsqu’elle entendit quelqu’un frapper discrètement à sa porte.
_ « Oui ? »
_ « C’est Harriet. Je peux entrer ? »
_ « Bien sûr… »
Harriet s’approcha de Sarah et lui posa un baiser sur la joue.
_ « Tu as bien dormie ? » lui demanda t-elle
_ « Oui, très bien, et toi ? »
_ « Oh bien…A propos, j’étais venue t’apporter cette lettre. On l’a déposé pour toi ce matin pendant que tu dormais » annonça Harriet
_ « Ce doit être de Harm »
_ « C’est évident. Vous entretenez une vrai correspondance depuis son départ »
_ « Aussi vraie que celle que tu entretiens avec Bud »
Sarah jeta un regard vers Harriet qui s’obstinait à regarder ses mains, gênée.
_ « Ce n’est pas ce que tu crois » murmura t-elle
_ « Je ne crois rien du tout. Bud est fou de toi. C’est tout ce que je constate »
_ « Peut-être que tu as raison mais je ne suis pas allée aussi loin que toi avec Harm »
_ « Ce n’est pas çà qui compte. Le plus important c’est l’amour que vous vous portez. Et puis, parfois je me dis que je suis peut-être allée trop vite avec Harm. Nous ne nous connaissons pas vraiment tous les deux. Je venais de perdre John et… »
_ « Ne pense plus à ces moments difficiles. Pense seulement aux bons moments. John fait parti de ton passé et Harm fait parti de ton avenir. C’est aussi simple que cela »
_ « Oui…Ce que je ressens pour lui me semble tellement différent de ce que j’ai ressenti pour John…J’ai l’impression de le connaître depuis toujours, je suis tellement bien avec lui »
_ « Je crois que çà s’appelle l’amour, ma chère Sarah… »
Les deux femmes se regardèrent avant d’éclater de rire.
_ « Bon, soyons sérieuses quelques minutes et regardons ce que contient cette lettre » annonça Sarah en tentant de garder son calme.
Elle s’assit sur le lit, Harriet à ses côtés. Elle entreprit de décacheter l’enveloppe, pressée d’avoir des nouvelles d’Harm.
_ « Alors, que dit-il ? » la pressa Harriet
_ « Harm m’annonce que nous allons avoir un enfant comme il me l’avait promis… » Commença Sarah
_ « Ton beau capitaine est enceinte et il ne t’avait rien dit…Quel cachottier tout de même »
_ « Très drôle, Harriet… »
_ « Franchement, avoue que c’est un peu bizarre. Est-ce qu’ Harm sait que tu…enfin tu vois »
_ « Je lui ai dit que je ne pouvais pas avoir d’enfants et il m’a répondu que tout problème avait sa solution »
_ « Il semblerait qu’il l’ai trouvé en effet. As-tu plus de précisions ? »
_ « Harm dit que c’est une jeune fille de 14 ans. Elle s’appelle Mathilda Grace. Elle est enfant unique et sa mère est morte lorsqu’elle avait 6 ans »
_ « Et son père ? »
_ « Son père faisait parti du régiment commandé par Harm. Il a été gravement blessé au combat et sur son lit de mort il a demandé à Harm de s’occuper de sa fille car il n’a aucune famille et ne voulait pas que sa fille finisse à l’orphelinat » expliqua Sarah tout en lisant la lettre
_ « Je le comprends tout à fait ce pauvre homme. Mais est-ce légal vis-à-vis de la loi ? »
_ « Il semblerait que le père de Mathilda ait signé les documents nécessaires avant de mourir… »
_ « Mais pourquoi avoir choisi Harm ? »
_ « En lisant la lettre, j’ai cru comprendre que cet homme buvait trop et qu’Harm l’aurait aidé à s’en sortir »
_ « Je le reconnais bien là… »
_ « Harm me demande si j’accepterais d’accueillir Mathilda à la maison. Ses parents sont d’accord pour la prendre chez eux mais Harm pense qu’elle sera mieux avec moi »
_ « Il a tout à fait raison. Alors, te voilà la maman d’adoption d’une jeune fille de 14 ans »
_ « Je n’ai pas encore dit oui, Harriet »
_ « Mais tu vas le faire. Tu as toujours rêvé d’avoir des enfants »
_ « Oui, je sais bien. Mais ce n’est pas une enfant, elle a 14 ans. Et si elle ne m’aimait pas ? Et si je n’étais pas à la hauteur ? »
_ « Et si, et si. Avec des si on referait le monde. Ecoute Sarah, je suis certaine que tu seras une maman formidable pour cette jeune fille. Elle n’a pas été gâtée par la vie et je pense qu’elle sera très heureuse de trouver une deuxième famille avec beaucoup d’amour à offrir. Harm ne doute pas de son rôle de père, alors fais comme lui. Lance-toi »
_ « Bon, je vais lui répondre que nous attendons la venue de Mathilda »
_ « Je vais de ce pas annoncer la nouvelle à Jimmy et Margaret » s’exclama Harriet
Elle quitta la chambre, laissant Sarah seule. La jeune femme hésita encore un long moment avant de prendre son nécessaire de correspondance pour répondre à Harm… _________________

 "Notre vie est un livre qui s'écrit tout seul. Nous sommes des personnages de roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l'auteur."Julien Green |
|  | | sedb Modératrice


  Age : 20 Inscrit le : 08 Oct 2006 Messages : 9493
| |  | | Victoire Addict


  Age : 38 Inscrit le : 04 Déc 2007 Messages : 2618
| Sujet: Re: Les ailes du vent Sam 21 Juin - 15:22 | |
| Un plaisir à relire!  |
|  | | Isabelle Addict

  Age : 31 Inscrit le : 27 Jan 2008 Messages : 2942
| Sujet: Re: Les ailes du vent Sam 21 Juin - 16:13 | |
| | Superbe, merci |
|  | | Didine Administratrice


  Age : 29 Inscrit le : 11 Mar 2006 Messages : 8829
| Sujet: Re: Les ailes du vent Ven 4 Juil - 12:24 | |
| Chapitre 8 :
Gare de Gettysburg 28 octobre 1863 15h00
_ « Sarah, venez ici…Venez vous asseoir » L’amiral Chegwidden attrapa la jeune femme par le bras et l’obligea à s’asseoir sur un banc.
Depuis dix minutes, Sarah faisait les cent pas sur le quai, guettant l’arrivée du train dans lequel se trouvait Mathilda Grace.
_ « Encore merci d’avoir accepté de m’accompagner, amiral » L’amiral prit une main de Sarah dans les siennes.
_ « Cela me fait très plaisir d’être ici avec vous. Sarah, vous savez que je vous considère comme ma fille. Donc, étant donné que vous accueillez Mathilda, elle deviendra ma petite fille. Il est normal qu’un grand père se déplace pour faire la connaissance de sa petite fille, non ? »
Sarah était on ne peut plus émue par les paroles de l’amiral et se contenta d’acquiescer. Le sifflement du train attira son attention.
_ « Amiral ! Le voici enfin ! » Sarah glissa son bras sous celui de son ami et ils s’approchèrent du quai.
_ « Mon Dieu, comment vais-je reconnaître Mathilda ? Il y a tellement de monde aujourd’hui » s’alarma Sarah
_ « Détendez-vous…Harm ne vous a donc rien dit sur son apparence ? »
_ « Si bien sûr. Mais çà me semble vraiment difficile de reconnaître quelqu’un seulement avec une description… »
Le quai se vida peu à peu et bientôt il ne resta plus qu’une jeune fille cherchant visiblement quelqu’un du regard. Sarah serra le bras de son ami.
_ « Amiral, c’est elle…C’est Mathilda »
_ « Vous êtes sûre, Sarah ? »
_ « Oui, tout à fait. Elle ressemble parfaitement à la description que m’a envoyé Harm »
_ « Dans ce cas… »
L’amiral emboîta le pas à Sarah et ils s’approchèrent de la jeune fille. AJ ne peut s’empêcher de la regarder longuement. Elle semblait complètement perdue et craintive. Ses longs cheveux châtain clair bouclés étaient rassemblés en une queue de cheval jetée sur l’épaule. Son manteau noir, trop grand pour elle, la faisait paraître plus âgée que ses 14 ans et elle serrait dans ses mains une petite valise beige.
_ « Bonjour, Mathilda…Je suis Sarah Mackenzie. Le capitaine Rabb m’a beaucoup parlé de toi. Bienvenue à Gettysburg »
Sarah tendit une main à la jeune fille qui la serra dans la sienne. _ « Bonjour madame Mackenzie. Je vous remercie de m’accepter si gentiment… »
_ « Tout le plaisir est pour moi. Mathilda, je te présente l’amiral en retraite AJ Chegwidden »
_ « Bonjour mademoiselle Grace. C’est un honneur de faire votre connaissance » Mathilda serra la main de l’amiral
_ « Bonjour amiral. L’honneur est partagé, monsieur »
_ « Bien. Que diriez-vous de retourner à la voiture mesdames ? Le vent est plutôt glacial sur ce quai… »
_ « Vous avez raison, amiral. Rentrons. Venez Mathilda » L’amiral prit la valise de la jeune fille et Sarah lui prit le bras pour la conduire jusqu’à la voiture couverte qui les attendait devant la gare.
_ « Oh quel beau cheval ! » s’exclama Mathilda Elle lâcha le bras de Sarah pour aller caresser l’encolure du cheval gris cendré, attelé à la voiture.
_ « Vous aimez les chevaux ? » demanda l’amiral
_ « Oh oui beaucoup. Comment s’appelle t-il ? »
_ « Il s’appelle Apollon » répondit Sarah
_ « Le dieu de l’amour » compléta une voix Mathilda se retourna et se retrouva face à un homme de haute taille, aux cheveux bruns et aux yeux noirs, un brin rieurs.
_ « Mathilda, je te présente Jack. Jack s’occupe de toutes les petites tâches masculines nécessaires dans une grande maison comme la mienne. Cela va de la réparation d’une serrure, au jardinage, en passant par l’entretien des chevaux et bien sûr la conduite de la voiture. La femme de Jack, Abigail, s’occupe de l’entretien de la maison et de la cuisine. C’est en quelque sorte la gouvernante. Et leur fille, Cassie, qui a 15 ans, est l’aide d’Abigail. Jack, voici Mathilda. Elle va habiter avec nous… »
_ « Enchanté de faire votre connaissance, mademoiselle Mathilda »
_ « De même, monsieur Jack »
_ « Appelez-moi ‘Jack’, mademoiselle »
_ « Alors, appelez-moi ‘Mattie’. Je n’ai jamais aimé mon prénom. Serait-il possible que tout le monde fasse de même, madame Mackenzie ? »
_ « C’est d’accord, Mattie. Mais tu dois m’appeler Sarah »
_ « Merci Sarah »
Sur le chemin du retour, Sarah commentait le paysage, les maisons, les magasins…Mattie, attentive à toutes ces paroles, faisant connaissance avec la ville de Gettysburg. Mais la jeune fille n’était pas au bout de ses découvertes…
Quelle ne fût pas sa surprise lorsqu’elle aperçut la maison de Sarah au détour de la route. Harm la lui avait décrite lors de sa dernière visite, cependant Mattie dû reconnaître qu’elle était encore plus belle et imposante que tout ce qu’elle avait imaginé. Son regard se porta sur le rez-de-chaussée puis le premier étage de la maison avec ses grandes fenêtres aux rideaux immaculés, le large perron et l’agréable véranda ouverte qui cintrait l’avant de la maison de part et d’autre de la porte d’entrée.
_ « Mattie ? Viens, d’autres personnes souhaiteraient te rencontrer à l’intérieur. »
Mattie descendit de la voiture et suivit Sarah et l’amiral à l’intérieur. Elle fit connaissance avec Harriet et ses enfants, sans oublier Abigail et Cassie.
Sarah conduisit Mattie à la chambre qu’elle lui avait destinée. _ « Tu pourras modifier la décoration si tu le souhaites » annonça Sarah tandis que Mattie observait chaque centimètre carré de la pièce.
_ « Non, non Sarah. Cette chambre est magnifique. Je ne sais comment vous remercier de tout ce que vous faites pour moi… »
_ « Mattie, voyons… »
_ « Sarah, ne soyez pas modeste…Sans vous, je serais déjà dans un de ces affreux orphelinats, attendant vainement que quelqu’un veuille de moi… »
Sarah attira la jeune fille dans ses bras lorsque celle-ci se mit à pleurer. _ « Mattie, ne pense plus à tout çà. Tu es ici chez toi, dans ta famille. Je suis consciente que je ne pourrais jamais remplacer ta maman et d’ailleurs ce n’est pas mon intention mais sache que je serais toujours là pour toi et Harm aussi. »
_ « Vous êtes déjà une tante admirable, Sarah. Et Harm prend son rôle de tuteur très à cœur »
_ « Je n’en doute pas. Allons, sèche ces larmes et installons tes affaires, d’accord ? »
Sarah fut plus que surprise en constatant la pauvreté de la valise de la jeune fille. Celle-ci contenait le strict minimum et le plus souvent des vêtements retaillés assez sobrement.
_ « Ces robes appartenaient à ma mère. Ma voisine est couturière. Elle m’a appris à faire beaucoup avec pas grand-chose. Je sais bien que ce n’est pas très chic mais avec la maigre solde que m’envoyait mon père, je devais payer le loyer et gérer le budget. Cà n’était pas facile tous les jours mais j’aimais l’idée d’être responsable »
_ « Mais…tu habitais seule ? » demanda Sarah, effrayée à l’idée qu’une jeune fille de 14 ans soit ainsi plus ou moins livrée à elle-même.
_ « Oui et non. Après le départ de mon père pour le front en avril 1862, je me suis retrouvée seule mais pas abandonnée. J’ai continué à aller à l’école comme avant et à m’occuper des trois enfants de ma voisine qui travaille comme couturière dans une usine. En échange, je dînais en famille et je pouvais dormir chez elle. Son mari a été mobilisé en même temps que mon père. Et puis, nous nous connaissions depuis longtemps, alors nous nous entraidions. Je pensais lui écrire une petite lettre pour lui dire que je suis bien arrivée… »
_ « Bien sûr, Mattie, c’est une très bonne idée. Nous posterons la lettre demain en allant faire les boutiques en ville… »
_ « Faire les boutiques ? Mais Sarah… »
_ « Ce n’est pas négociable, mademoiselle Grace. »
20h00
Le dîner terminé, Mattie avait rejoint Sarah dans le salon. Elle prit place sur le canapé et regarda longuement les flammes qui s’élevaient joyeusement dans l’âtre.
_ « Harm m’a beaucoup parlé de vous » commença la jeune fille
Sarah posa son ouvrage et porta toute son attention aux paroles de Mattie _ « Il m’a dit que vous aviez fait connaissance peu avant la bataille qui a eu lieu ici »
_ « C’est vrai. Harm était accompagné du lieutenant Roberts et m’a demandé si j’accepterais de les loger »
_ « Harm m’a avoué que vous étiez veuve…et que vous n’aviez pas d’enfant. Je ne comprenais pas pourquoi vous auriez envie de vous embêter avec moi »
_ « Mattie, je suis très heureuse que tu sois ici. Et puis, ce n’est pas parce que je n’ai pas d’enfants que je ne les aime pas, bien au contraire »
_ « Oh je suis désolée…Ce n’est pas du tout ce que j’ai voulu dire. Oh pardonnez-moi… » Bafouilla Mattie, mal à l’aise
_ « Ne t’inquiète pas. J’ai accepté tout çà il y a bien longtemps…Mattie, il faut que tu saches que tu pourras toujours me parler de tout ce dont tu as envie. Il n’y a pas de sujet défendu. J’estime qu’il est important que s’installe entre nous une relation de confiance et quoi de mieux pour cela que la parole…Qu’en penses-tu ? » Demanda Sarah, en souriant
_ « Je suis d’accord » acquiesça Mattie
_ « Bien. Alors, puisque tu sais tout de ma rencontre avec Harm… » Commença Sarah
_ « Vous aimeriez savoir comment je l’ai rencontré… » Termina Mattie Les deux jeunes femmes se regardèrent avant d’éclater de rire.
_ « J’ai rencontré Harm en septembre 1862. J’ai tout de suite été intriguée par cet officier, plutôt bel homme, qui accompagnait mon père dont c’était la première permission. Je savais que mon père avait des problèmes avec l’alcool depuis la mort de ma mère, mais jamais il ne s’était rendu coupable d’un acte de violence. Pourtant, c’est arrivé. Sous l’effet de l’alcool il s’était battu avec plusieurs hommes du régiment et manqua de peu un procès pour conduite déshonorante ou quelque chose comme çà, je ne me souviens plus. Mais Harm a pris sa défense et a plaidé sa cause. Je pense, pour ma part, qu’il aurait dû être avocat… »
_ « Je l’imagine bien, charmant les membres de la cour avec son beau sourire… »
_ « Tout à fait d’accord. Quoi qu’il en soit, cela a fonctionné et, depuis ce jour, Harm s’est lié d’amitié avec mon père et lui a promis de l’aider à résoudre son problème avec l’alcool. Je ne sais pas s’il y est parvenu mais il a été là pour mon père et a tenu sa promesse en devenant mon tuteur »
_ « C’est dommage qu’Harm ne m’ait pas parlé de toi plus tôt… » Soupira Sarah
_ « Harm a beaucoup de mal à parler de sa vie personnelle et ce n’est pas facile d’expliquer à une belle jeune femme que l’on vient de rencontrer, que l’on est lié d’amitié avec une jeune fille de 14 ans, d’autant plus si l’on essaye de séduire la dite belle jeune femme »
_ « Mattie, qui t’a dit qu’Harm… »
_ « Je vois cette étincelle dans ses yeux quand il parle de vous. Ce n’est pas le genre de réaction que l’on a en parlant d’une amie. Vous êtes plus que cela pour lui. Et tout me laisse à penser qu’il vous aime. Ai-je tort ? »
_ « Non…enfin je…je dois dire que tout est assez flou dans mon esprit. Certes, il a dit m’aimer, mais… »
_ « Harm a beaucoup de difficultés à exprimer ses sentiments. Mais s’il vous a dit qu’il vous aimait… »
_ « Cela peut paraître simple à tes yeux, Mattie, mais cela s’est passé dans des circonstances assez difficiles. J’aimerai beaucoup t’en dire plus mais c’est au-dessus de mes forces, du moins pour le moment. Peut-être plus tard »
Mattie posa sa main sur celle de Sarah _ « Ne vous tourmentez pas. Je comprends tout à fait que les histoires des adultes puissent être compliquées. Je vous fais confiance pour l’avenir. Vous trouverez le bonheur. C’est tout ce que je vous souhaite…Vous le méritez vraiment »
_ « Merci Mattie, tes paroles me vont droit au cœur »
Le jeune fille se blottit quelques instants dans les bras de Sarah Deux tornades blondes firent bientôt irruption dans le salon, suivis par Harriet.
_ « On vient juste faire un bisou et dire bonne nuit » annonça Jimmy Sarah se penche vers les enfants et les embrassa.
_ « Bonne nuit mes amours et faites de beaux rêves »
_ « Maman, tu crois que Mattie voudrait nous lire une histoire ? » demanda Margaret
_ « Je ne sais pas ma chérie. Mattie doit être très fatiguée. Elle a eu une journée épuisante. Tu lui demanderas demain.» répondit Harriet
Mattie, qui avait entendu la conversation, se leva du canapé. _ « Je…j’ai l’habitude de lire des histoires le soir. Je le faisais pour les enfants de ma voisine. Cà ne me dérange pas de… »
_ « Je ne voudrais pas abuser de ta gentillesse, Mattie » annonça Harriet
_ « Pas du tout, cela me fait très plaisir. Alors, prêts pour une belle histoire ? » Demanda Mattie aux enfants
_ « Oh oui, alors !! »
Les deux bambins sautillèrent de joie. Mattie prit la main de Jimmy et Margaret avant de quitter la pièce.
Harriet prit place à côté de Sarah _ « Comment va t-elle ? » demanda t-elle
_ « Oh, je pense que les premiers temps vont être un peu durs. Il faut lui laisser les moyens de s’adapter à sa nouvelle vie. C’est beaucoup de bouleversements pour une jeune fille de son âge. Elle passe d’un milieu plus que modeste à une vie plus aisée. Elle a besoin de se constituer de nouveaux repères et de se sentir en confiance » répondit Sarah
_ « Je pense qu’elle a également besoin d’écoute et d’affection. Ce doit être très dur de perdre sa mère alors que l’on est qu’une enfant. Je ne me suis jamais entendue avec ma mère mais, encore aujourd’hui, j’aime parler avec elle, savoir qu’elle est là. C’est important d’avoir quelqu’un à qui se confier, surtout pour une jeune fille »
_ « Je lui ai dit qu’elle pouvait me parler de tout et me poser toutes les questions qu’elle voulait »
_ « C’est une bonne idée. Du moment qu’elle ne te demande pas si tu as partagé le lit du beau capitaine aux yeux bleus… » Chuchota Harriet en souriant
_ « Harriet ! » s’exclama Sarah, soudain devenue cramoisie _________________

 "Notre vie est un livre qui s'écrit tout seul. Nous sommes des personnages de roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l'auteur."Julien Green |
|  | | Didine Administratrice


  Age : 29 Inscrit le : 11 Mar 2006 Messages : 8829
| Sujet: Re: Les ailes du vent Ven 4 Juil - 12:25 | |
| Dans la nuit
Mattie essaya à nouveau de repousser l’angoisse qu’elle sentait monter en elle. Ce n’était pas la première fois qu’elle avait ces crises de panique mais celle-ci était plus forte que les autres et ne semblait pas pressée de finir. La jeune fille s’en voulait de ne pouvoir se calmer. Elle ne comprenait pas pourquoi l’angoisse l’envahissait soudain alors qu’elle avait enfin tout ce qu’elle avait toujours désiré : une famille présente et aimante, une maison confortable, être à l’abri du besoin. Mais peut-être était-ce ce changement si brutal qui la perturbait à ce point ?
Mattie hésita un long moment avant de se lever. Elle enfila sa robe de chambre avant de quitter la pièce sur la pointe des pieds.
Elle traversa le couloir et s’arrêta devant la porte de la chambre de Sarah. Elle frappa discrètement. _ « Entrez… » Lui répondit une voix endormie.
Mattie pénétra dans la pièce, légèrement éclairée par la lune qui transperçait les rideaux, et alla s’asseoir sur le bord du lit. _ « Que se passe t-il Mattie ? » lui demanda Sarah
_ « Je…je n’arrivais pas à dormir. J’ai fait une crise de panique et je… j’avais besoin de parler à quelqu’un… »
_ « Bien…allons, tu ne vas pas rester sur le bord du lit »
Sarah écarta les couvertures et Mattie s’allongea à côté d’elle _ « Raconte-moi ce qui ne va pas… »
_ « Je ne sais pas comment expliquer » commença la jeune fille
_ « Saches que j’ai moi-même fait ces crises d’angoisse dont tu parles. Il m’est arrivé d’en faire il n’y a pas si longtemps, je peux donc comprendre ce que tu ressens. Je sais par expérience que ce n’est pas agréable ni même facile à calmer. »
Mattie se mit à pleurer et Sarah la serra dans ses bras. _ « Je devrais pourtant être heureuse. J’ai enfin tout ce que j’ai toujours désiré et pourtant rien ne va… » Sanglota la jeune fille
_ « Mattie, ce n’est pas si simple. Il faut te laisser du temps pour t’habituer à tout cela. Ce n’est pas facile de voir sa vie bouleversée comme çà du jour au lendemain. Pendant quelques jours, tu vas chercher tes marques et ensuite tout ira beaucoup mieux »
_ « C’est sûr ? »
_ « J’en suis certaine. Tout a été chamboulé autour de toi. Tu n’as plus de repères. C’est normal que tu ressentes cette angoisse et ces crises de panique. Mais tu n’es pas seule, Mattie. Je suis là et je vais t’aider. Tout va bien »
_ « Merci Sarah. Je suis désolée de vous avoir dérangé »
Mattie allait se lever quand Sarah l’interpella. _ « Tu peux dormir avec moi quelques temps, si cela te rassure… »
_ « C’est vrai ? Je ne voudrais pas… »
_ « La décision t’appartient »
Mattie sourit avant de reprendre sa place sous les couvertures.
_ « Bonne nuit, Sarah… »
_ « Bonne nuit, Mattie… »
Le lendemain 29 octobre 1863, 15h00 Magasin « Au bonheur des Dames »
Depuis qu’elle avait franchi le seuil du magasin, accompagnée de Sarah, Mattie ne cessait de s’émerveiller devant toute cette profusion de dentelles, satins et tissus aux couleurs chatoyantes, qui emplissaient la boutique.
Jamais elle ne serait imaginée essayant toutes ces jolies choses. Et pourtant, aujourd’hui, c’était elle que la vendeuse conduisait derrière les paravents.
Mattie se pencha sur le côté et observa, cachée derrière l’épaisse tenture, les vendeuses se presser autour de Sarah. Elles l’invitèrent à s’asseoir sur un large canapé en velours grenat et lui offrirent un thé. Il était évident que Sarah Mackenzie était une cliente privilégiée qui devait dépenser sans compter dans cette boutique.
La plus jeune des vendeuses se dirigea vers Mattie, un mètre autour du cou. Elle prit toutes les mensurations de la jeune fille qu’elle nota dans un carnet.
Mattie essaya bientôt chemises, sous-vêtements, jupons, robes de toutes les couleurs, sous l’œil avisé de Sarah qui ne manquait pas d’approuver les choix de la jeune fille.
Bientôt vint le tour des chapeaux, bas et bottines. Rien n’avait été laissé au hasard et la garde-robe de Mattie prenait forme sous ses yeux émerveillés.
Jamais elle ne s’était retrouvée au centre de tant d’attention et elle devait reconnaître que cela lui plaisait énormément.
Domaine de Sarah Mackenzie 20 Novembre 1863 17h00
Sarah se leva de son fauteuil entendant tinter la cloche de la porte d’entrée.
_ « Laissez Abigail, je vais ouvrir »
_ « Bien madame »
Lorsque Sarah ouvrit la porte, une bourrasque de neige pénétra dans la maison. La neige avait fait son apparition quelques jours auparavant. Tout était recouvert d’un épais manteau immaculé pour le plus grand bonheur des enfants qui redécouvraient, comme chaque hiver, le plaisir des batailles de boules de neige et la création d’une famille de bonhommes plus amusants les uns que les autres.
_ « Alors, Sarah, tu laisses toujours tes invités dehors dans le froid ? »
Sarah regarda l’homme qui se tenait devant elle, un large chapeau enfoncé jusqu’aux oreilles. _ « Oncle…oncle Matt ? »
_ « En douterais-tu, ma chère nièce ? »
_ « Oh, oncle Matt, je suis désolée. Entre vite, tu es complètement gelé. Abigail, venez m’aider… »
Abigail débarrassa le colonel O’Hara de son lourd manteau et de ses bottes couvertes de neige.
_ « Alors tu ne viens pas m’embrasser ? » demanda t-il à Sarah
_ « Oh mais si bien sûr… » Sarah se blottit dans ses bras
_ « Tu m’as manqué oncle Matt »
_ « Toi aussi Sarah »
_ « Oncle Matt ! » s’exclama Harriet Elle descendit rapidement les escaliers avant d’aller se blottir à son tour dans les bras du colonel.
_ « Comment va ma petite Harriet ? »
_ « Je vais très bien, oncle Matt »
_ « Et où sont tes garnements ? »
_ « Ils sont dans leurs chambres. Après leur escapade dans la neige, il était nécessaire qu’ils se changent. Mais quand on parle du loup. »
James et Margaret arrivèrent en courant pour embrasser le colonel O’Hara. Sarah remarqua que Mattie les suivait mais qu’elle restait à l’écart.
_ « Oncle Matt, je tiens à te présenter une jeune fille qui partage cette maison depuis un mois maintenant. Approche Mattie. Oncle Matt, je te présente Mattie Grace »
La jeune fille s’approcha et tendit la main. _ « Je suis enchantée de faire ta connaissance, Mattie. Je suis l’oncle de Sarah. Colonel, en retraite, Matthew O’Hara. »
_ « Bonjour colonel O’Hara »
_ « Tu peux m’appeler oncle Matt »
_ « D’accord, oncle Matt »
_ « Passons au salon. Je vais tout te raconter… » Annonça Sarah
Harriet passa son bras sous celui du colonel. _ « Oncle Matt, Sarah a rencontré un beau capitaine… »
_ « Harriet, voyons… » Sarah rougit
_ « Eh bien, Sarah, tu comptais m’en parler bientôt ? » demanda le colonel
_ « Mais bien sûr. Et j’aurais ajouté qu’Harriet a rencontré un beau et jeune lieutenant »
Ce fût au tour d’Harriet de rougir. _ « Je vois qu’il s’en est passé des choses pendant mon absence. Allons nous asseoir. Je suis pressé d’entendre tout cela » s’exclama le colonel, tout sourire
Une fois installés confortablement dans les canapés du salon, Sarah raconta toute l’histoire au colonel O’Hara, depuis la rencontre avec Harm et Bud jusqu’à l’adoption de Mattie. Cependant, elle prit soin d’occulter certains passages plutôt « personnels » dont seule Harriet avait connaissance.
C’est ainsi que Mattie apprit de nouvelles informations sur la relation plus que tumultueuse entre Harm et Sarah.Et elle devait se rendre à l’évidence que cela ressemblait à un roman d’aventures où se mêlait action et amour.
Pendant qu’Abigail servait le thé, Sarah jeta un regard vers Mattie et constata que la jeune fille parlait librement avec oncle Matthew. Un mois auparavant cela aurait semblé impossible.
Mais Mattie avait changé…Les premiers temps furent difficiles, comme l’avait prédit Sarah, mais rapidement la jeune fille s’était ressaisie et avait surmonté tout cela avec une volonté et une rapidité qui étonnaient encore Sarah.
_ « Je ne pensais pas que tu viendrais passer l’hiver dans la région, oncle Matt » annonça Harriet
_ « Eh bien, à vrai dire, je ne passerais pas l’hiver ici. Je retourne à Londres la semaine prochaine… »
_ « Alors, tu vas définitivement t’installer en Angleterre… » Soupira Sarah
_ « Voyons, ma chère nièce, tu ne parle pas sérieusement. Moi ? Vivre en Angleterre ? Certainement pas. Je n’ai pas servi mon pays pendant plus de 20 ans pour aller ensuite prendre ma retraite de l’autre côté de l’Atlantique. Non, c’est juste du commerce. »
_ « Du commerce ? »
_ « Mais bien sûr…Le fait d’être domicilié en Angleterre me permet de passer plus facilement les barrages et les blocus maritimes »
_ « En plus, vous avez un nom qui sonne irlandais » ajouta Mattie
_ « En effet, jeune fille. Mon grand-père est venu d’Irlande juste après la guerre d’Indépendance… »
_ « Mais tu ne parlais pas sérieusement de passer les blocus maritimes ? » demanda Harriet
_ « Tous les ports sudistes sont bloqués par les flottes nordistes… » Ajouta Sarah
_ « Pourtant ces lettre viennent bien de Savannah »
Le colonel O’Hara ouvrit sa veste et sortit, de la poche intérieure, plusieurs lettres cachetées. Harriet et Sarah poussèrent un cri de joie et s’emparèrent des courriers qui leur étaient destinés sous les yeux ébahis de Mattie.
_ « Vous avez des connaissances dans le Sud ? » La jeune fille semblait un peu perdue.
_ « Harm ne t’a rien dit ? » demanda Sarah
_ « Qu’aurait-il dû me dire ? » continua Mattie
_ « Harriet et moi sommes nées à Savannah, en Géorgie »
_ « Mais ce n’est pas possible…vous habitez dans le Nord » murmura Mattie
_ « Nos mariages respectifs nous ont amené ici » explique Harriet
_ « Mattie, je suis conscient que cela doit être très difficile pour toi mais… » Commença le colonel
_ « Les Sudistes ont tué mon père » sanglota la jeune fille Sarah tenta de la prendre dans ses bras mais Mattie la repoussa
_ « Ce n’est pas parce que nous sommes nées dans le Sud que nous cautionnons cette guerre, bien au contraire. Nous la détestons autant que toi » expliqua Harriet
Mattie leva les yeux vers elle _ « C’est vrai ? » murmura t-elle
Harriet et Sarah acquiescèrent
_ « Mais…et les plantations de coton…les esclaves… » Continua la jeune fille
_ « Mon père et celui d’Harriet sont les dirigeants de la grande banque de Savannah. Nous n’avons, ni l’une ni l’autre, de plantations de cotons. Nos parents ont bien quelques domestiques noirs mais, à nos yeux, ils font partis de la famille. »
_ « Nous pensions sincèrement que le capitaine Rabb t’avait parlé de tout cela avant ton arrivée. Tu ne nous en veux pas ? » Demanda Harriet
_ « Non, bien sûr que non. Après tout ce que vous avez fait pour moi… Et puis, cela serait injuste de vous en vouloir à cause d’une guerre complètement stupide…Vous êtes ma nouvelle famille et je vous aime telles que vous êtes… » Annonça la jeune fille
_ « Nous t’aimons aussi Mattie. » Répondirent Sarah et Harriet avant de l’étreindre longuement
_ « Que diriez-vous d’ouvrir vos cadeaux de Noël avant l’heure ? » demanda oncle Matt
1er Décembre 1863 Au sud de Washington
La nuit était calme. La neige, qui avait tant gêné la marche durant la journée, avait cessé de tomber et le ciel était clair. Mais Harm dormait peu. Il pensait sans cesse à Sarah. Que faisait-elle à cette heure ? Certainement dormait-elle.
L’image d’une nuit à Fredericksburg, alors qu’elle s’était endormie dans ses bras, lui revenait à l’esprit : ses longs cheveux éparpillés sur l’oreiller, ses paupières closes et ses lèvres entrouvertes…
Malgré les longues lettres échangées régulièrement avec la jeune femme, Harm devait reconnaître qu’elle lui manquait tellement que cela en devenait douloureux.
Cela faisait maintenant plusieurs mois qu’il n’avait pas vu Sarah et il était impatient de la serrer à nouveau dans ses bras, d’embrasser amoureusement ses lèvres si douces… Mais il devait se résigner à attendre l’indispensable permission qui ne venait pas.
_ « Capitaine ? Capitaine, vous dormez ? » Chuchota une voix
Harm reconnut immédiatement la voix du lieutenant Roberts. _ « Non, approchez Bud »
Le jeune lieutenant se chercha à tâtons une place dans l’obscurité et s’assit à côté d’Harm. Malgré le peu de lumière de la pièce, éclairée uniquement par la lune, Harm put voir l’immense sourire qui ornait la figure du jeune homme.
_ « Eh bien, que vous arrive t-il lieutenant ? »
_ « Je…eh bien disons que je viens d’apercevoir, par le plus grand des hasards, la feuille de permission sur le bureau du général Cresswell »
_ « J’espère que vous n’avez rien fait d’illégal » le taquina Harm
_ « Mais…mais non monsieur. Je vous assure que c’était le plus grand des hasards…vraiment » bafouilla Bud
_ « Quoi qu’il en soit, vous savez qui va avoir l’immense bonheur de quitter ce campement pendant au moins une semaine… » Soupira Harm
_ « Oh oui, monsieur »
Harm pria un moment pour être sur cette liste sans trop y croire. Il avait épuisé son quota de repos avec sa blessure puis sa mission pour aller chercher Sarah. _ « Allons, crachez le morceau Bud »
_ « Je…je suis dessus, monsieur… »
_ « Cela justifierait son sourire jusqu’aux oreilles » pensa Harm
_ « Toutes mes félicitations lieutenant »
_ « Merci monsieur…je vais pouvoir rendre visite à mon père et à mon frère, Mikey. Ils me manquent beaucoup vous savez. Et puis peut-être me restera t-il du temps pour Harriet…euh madame Sims… » Bafouilla Bud
_ « En voilà un programme bien chargé. Qui sait, peut-être passerez-vous Noël en famille… »
Bud n’enchérit pas à cette remarque et Harm comprit que quelque chose n’allait pas. _ « Je suis désolé, capitaine »
_ « Mais de quoi, Bud ? »
_ « Vous n’êtes pas sur la liste, monsieur… »
_ « Je m’en doutais, Bud » soupira Harm, résigné
_ « Mais, si vous voulez, je vous donne ma permission »
Harm resta un moment sans voix devant la gentillesse dont faisait preuve son ami.
_ « Bud, c’est vraiment une offre des plus généreuses. Mais je ne peux accepter. Vous méritez cette permission alors prenez-la et profitez-en bien. Mon tour viendra bientôt, rassurez-vous »
_ « Oh, je vous le souhaite de tout cœur, monsieur » _________________

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|  | | sedb Modératrice


  Age : 20 Inscrit le : 08 Oct 2006 Messages : 9493
| |  | | Isabelle Addict

  Age : 31 Inscrit le : 27 Jan 2008 Messages : 2942
| Sujet: Re: Les ailes du vent Dim 6 Juil - 21:23 | |
| | Merci pour cette superbe fic. Suite prochainement ? |
|  | | Didine Administratrice


  Age : 29 Inscrit le : 11 Mar 2006 Messages : 8829
| Sujet: Re: Les ailes du vent Sam 2 Aoû - 22:13 | |
| Désolée, j'étais convaincue d'avoir finie de la poster.
Chapitre 9 :
Domaine de Sarah Mackenzie 20 décembre 1863, 16h00
Sarah et Harriet s’étaient installées dans le salon. Sarah brodait et Harriet tricotait tout en jetant de brefs coups d’œil à ses enfants, assis sur le tapis, occupés à démêler des pelotes de laine avec l’aide de Mattie. Harriet leva la tête et regarda par la fenêtre. Elle aperçut deux formes qui se déplaçaient le long de l’allée enneigée.
_ « Sarah…Sarah nous avons de la visite »
Sarah s’approcha pour regarder, à son tour, par la fenêtre.
_ « Qui peut bien venir nous avoir ? Nous n’attendons personne » soupira la jeune femme.
Les deux amies posèrent un châle sur leurs épaules et allèrent ouvrir la porte au tintement de la cloche. Lorsque Sarah reconnut l’uniforme de l’armée nordiste, son cœur se mit à battre plus vite.
Harriet passa devant son amie et alla à la rencontre d’une des deux soldats. Sarah reconnut immédiatement le lieutenant Roberts. Le soldat, qui accompagnait Bud, se tourna vers elle. Ce n’était pas Harm.
_ « Mes hommages, madame. Je suis le lieutenant Thomas Mitchell »
_ « Madame Mackenzie. Je suis la propriétaire de ce domaine »
_ « Le lieutenant Roberts m’a annoncé que vous connaissiez le capitaine Rabb »
_ « Oui…je pensais qu’il serait avec le lieutenant Roberts »
_ « Je suis navré madame. Mais le capitaine est retenu auprès du commandement »
_ « Oh je comprends. Vous restez avec le lieutenant Roberts ? » Demanda Sarah
_ « Non malheureusement madame. Je dois rejoindre ma famille. Le lieutenant Roberts et moi-même avons juste fait un bout de chemin ensemble. Le capitaine Rabb ne m’avait pas prévenu que vous étiez aussi belle, madame »
Le jeune lieutenant prit la main de Sarah dans la sienne et y posa un baiser.
_ « De la part du capitaine » continua t-il
Sarah le regarda monter à cheval et traverser l’allée avant de disparaitre derrière les arbres immaculés. Harriet prit le bras de Sarah et la conduisit sous la véranda, suivie par le lieutenant Roberts.
_ « Je suis navré que le capitaine Rabb ne soit pas en permission en cette période de Noël » annonça Bud
_ «Cà ne fait rien, lieutenant. Beaucoup de nos pauvres soldats passeront Noël sur le front…nous ferons avec »
_ « Sarah, je suis vraiment désolée. Tu vas bien ? Tu es toute pâle » murmura Harriet
_ « Ne t’inquiète pas pour moi, je vais bien. Occupe-toi du lieutenant Roberts. Profite bien de tous les moments que tu peux passer avec lui »
_ « Tu ne rentre pas avec nous ? Tu vas attraper froid si tu reste dehors avec seulement ce châle sur les épaules »
_ « Harriet, tout va bien. Crois-moi. Je vais aller me promener un peu, voir si la neige n’a pas trop endommagé les jeunes arbres. Je vous rejoindrais plus tard, c’est promis »
_ « Comme tu voudras » répondit Harriet
Sarah regarda son amie rentrer au bras de Bud. Elle sentit les larmes lui monter aux yeux mais elle refusa de se laisser aller. Elle essuya rapidement ses joues, rendues glacées par le froid et fit quelques pas pour s’éloigner de la maison.
Lorsqu’elle fut hors de vue de la maison, elle se laissa tomber dans la neige, derrière un gros chêne. Son visage caché dans ses mains, elle ne chercha plus à retenir ses larmes qui se mirent à couler librement sur ses joues.
Mais bientôt, elle se ressaisit et sécha ses yeux d’une main rageuse. Elle était déterminée à ne pas se laisser aller. Elle devait être forte et ne pas se laisser submerger par ces sanglots ridicules qui, de toute manière, n’aideraient pas Harm à revenir.
Sarah se releva brusquement et frappa sa jupe pour en chasser la neige collée.
_ « Je suis une femme de tête. Je suis capable de supporter tout çà. Le courage ne m’a jamais fait défaut » se dit-elle
Ainsi rassurée par ses propres paroles, Sarah rejoignit la maison la tête haute et bien résolue à accueillir le lieutenant Roberts comme il se devait.
Le soir de Noël 1863 21h00
Jamais les fêtes de Noël n’avaient paru aussi difficiles à supporter pour Sarah. Elle savait bien qu’elle devait se réjouir pour Harriet qui pouvait espérer passer un peu de temps auprès de son cher Bud, mais jamais elle ne s’était sentie aussi seule.
Le repas du réveillon se prolongeait et Sarah tentait d’entretenir la conversation malgré son envie irrépressible de solitude.
Les enfants d’Harriet étaient allés se coucher et il ne restait à table que Sarah, Harriet, Bud et Mattie. C’est cet instant que choisi Bud pour se lever.
_ « J’ai longuement hésité avant de trouver le courage de prononcer ces paroles… » Commença t-il
Il se tourna vers Harriet. _ « Je suis conscient que nous ne nous connaissons que depuis quelques mois mais j’ai l’impression de vous connaître depuis toujours. Harriet, vous connaissez mes sentiments à votre égard. Je vous aime, je vous ai aimé dès notre premier regard. Harriet Sims, accepteriez-vous d’être ma femme ? »
Le regard de Sarah alla de Bud à Harriet, guettant une réponse…qui ne se fit pas attendre.
_ « Oui monsieur Roberts…je serais très honoré de devenir votre épouse… »
Mattie se leva brusquement pour aller féliciter les nouveaux fiancés tandis que Bud glissait sa bague au doigt d’Harriet.
Seule Sarah, assise à table, ne semblait pas réagir à ce qui venait de se passer.
_ « Eh bien, maintenant tante Sarah est la suivante sur la liste des mariages » s’exclama Mattie en riant
Mais, presque immédiatement, la jeune fille se rendit compte que les yeux de Sarah s’étaient remplis de larmes.
_ « Je suis sûre qu’Harm va bien. Il va revenir très bientôt… » Murmura Harriet en serrant Sarah dans ses bras
_ « Je devrais être heureuse pour toi, Harriet. Et pourtant, je suis là à m’apitoyer sur mon sort…pardonne-moi »
_ « Je n’ai rien à te pardonner…tout va bien.Mais puisque tu insistes, tu seras ma dame d’honneur…voilà ta punition »
_ « Oh Harriet…rien ne pourrait me faire plus plaisir »
Bud s’avança vers les deux femmes et tendit un petit paquet à Sarah.
_ « Je n’aurais dû vous le donner que demain matin mais je crois que le capitaine Rabb ne m’en voudra pas si j’avance de quelques heures… » Annonça t-il
_ « C’est un cadeau de… » Commença Sarah
_ « Oui, c’est un présent du capitaine. Joyeux Noël Sarah. Et voici pour toi Mattie »
La jeune fille se hâta de déballer son paquet tandis que Sarah se contentait de fixer le sien.
_ « Oh regardez comme c’est joli ! » s’exclama Mattie
Elle brandit, sous les yeux des invités, un petit chapeau de taffetas vert foncé doublé de soie jade clair. Les rubans destinés à être noués sous le menton état vert pâle.
_ « C’est exactement le chapeau dont je rêvais…comment Harm a-t-il su ? » demanda Mattie
_ « Je lui ai parlé de tes envies de chapeau dans un de mes derniers courriers, il me semble » répondit Sarah
_ « Oh merci, merci tante Sarah ! Il est vraiment magnifique » La jeune fille embrassa Sarah, puis Harriet et Bud.
_ « Sarah, tu n’ouvre pas ton paquet ? » demanda Harriet
_ « Oh pardon.Voyons ce qui se cache là-dessous »
Joignant le geste à la parole, Sarah décacheta le paquet puis ouvrit la boite en velours qui se trouvait à l’intérieur.
Elle en sortit un pendentif en forme de cœur au bout de sa chaîne en or. Le cœur était serti de petits rubis. Lorsque Sarah le retourna, elle constata qu’une date y était gravée.
_ « Il a fait graver la date de notre rencontre » chuchota t-elle
Les souvenirs de cette journée lui revinrent en mémoire. A partir de cet instant, Sarah comprit que, quoi qu’elle fasse, son destin était intimement lié à celui d’Harm. Il serait toujours auprès d’elle, où qu’il soit, grâce à ce pendentif posé contre son cœur.
Domaine de Sarah Mackenzie 3 avril 1864, 15h00
Harm força l’allure de son cheval lorsqu’il aperçut, enfin, la grande maison de Sarah au bout de la route.
Il sauta en bas de son cheval et monta rapidement les marches du perron. Il manqua de peu d’entrer en collision avec Harriet qu venait à sa rencontre.
Il serra la jeune femme dans ses bras. _ « Harm ! Sarah va être tellement heureuse de vous voir ! » S’exclama Harriet
_ « Et comment allez-vous…future mariée ? » annonça t-il
Harriet rougit et murmura : _ « Cela a été si soudain. Nous ne pouvons pas organiser le mariage avant juillet ou août. J’espère que vous pourrez être présent »
_ « Je l’espère également car Bud m’a demandé d’être son témoin »
_ « Je m’en doutais. Sarah sera ma dame d’honneur »
_ « À propos, où est-elle ? » demanda Harm
_ « A l’étage, dans sa chambre »
_ « Est-elle malade ? »
_ « Oh non, elle va bien. Je vais la chercher »
_ « Non attendez. Je vais lui faire une surprise »
Harm se posta en bas de l’escalier.
_ « Sarah, devinez qui est de retour !! »
Quelques secondes plus tard, Harm entendit une porte s’ouvrir, suivie d’un bruissement de jupons et bientôt Sarah apparut en haut de l’escalier.
_ « Harm ? Oh mon dieu ! » Soulevant ses jupes, Sarah s’élança dans l’escalier et se jeta dans les bras d’Harm qui la fit tournoyer.
Lorsqu’ il la reposa à terre, Sarah en profita pour s’emparer de ses lèvres et ils échangèrent un long baiser. Toujours blottie dans ses bras, Sarah lui murmura :
_ « J’ai très envie de faire une promenade dans le parc. Vous m’accompagnez ? »
_ « Avec plaisir »
Sarah glissa sa main dans celle d’Harm et le conduisit le long de l’allée gravillonnée.
Alors qu’ils s’éloignaient de la maison, Sarh fut brusquement prise d’une envie de pleurer. Elle détourna la tête, incapable de retenir ses larmes plus longtemps.
_ « Sarah, ma douce, que vous arrive t-il ? » lui demanda Harm
_ « Rien…rien tout va bien. C’est juste que…enfin, c’est stupide mais pendant quelques temps j’ai pensé que je ne vous reverrais jamais »
_ « Sarah, comment avez-vous pu penser cela ? »
Elle se tourna vers lui.
_ « J’ai cru que vous ne m’aimiez plus…que vous ne me désiriez plus »
_ « Sarah, je n’ai jamais cessé de vous aimer et je vous désire comme au premeir jour »
_ « Je le sais bien mais…vous m’avez tellement manqué que je…j’ai eu des idées noires. Votre absence m’a semblé tellement longue »
_ « Chérie, je suis vraiment désolé. Je m’en veux de vous faire pleurer »
Elle secoua la tête.
_ « Non, vous n’y êtes pour rien. C’est moi qui me mets des vilaines choses en tête. Je me sens terriblement seule quand vous n’êtes pas là. Et perdue »
Il la serra dans ses bras. _ « Vous n’êtes pas seule, Sarah » dit-il d’une voix ferme
Sarah s’abandonna à son étreinte et blottit sa tête dans le creux de son épaule.
_ « Je suis là…tout va bien »
Sarah ferma les yeux et noua ses bras autour de son cou pour l’attirer contre elle, comme si elle cherchait, dans cette étreinte, à lui voler un peu de son courage et de son assurance.
La main d’Harm, qui lui caressait tendrement les épaules et le dos, avait le don de l’apaiser. A présent, elle n’avait plus du tout envie de pleurer. Cependant, sans qu’elle s’en aperçoive, leur étreinte avait changé de nature.
Les caresses d’Harm se faisaient plus insistantes. Il aventurait maintenant ses mains dans le bas de son dos et elle sentit, contre sa poitrine, les battements plus rapides de son cœur.
Sarah tendit une main et caressa lentement la joue d’Harm. Il s’empara de sa main et la porta à ses lèvres. Il embrasse chacun de ses doigts sans la quitter des yeux.
Sarah sentit que la situation était en train de lui échapper et il fallait à tout prix qu’elle garde la tête froide.
_ « Nous devrions rentrer. Mattie ne va pas tarder. Elle va être tellement heureuse de vous voir » murmura t-elle
_ « Elle a dû grandir durant ces derniers mois » répondit Harm sans pour autant lâcher la main de la jeune femme.
_ « Oh d’ailleurs la voici qui arrive »
En apercevant Harm, Mattie courut se jeter dans ses bras en riant.
Quelques heures plus tard Sarah regarda Harm monter les marches du grand escalier puis disparaître dans le couloir. Puis elle alla rejoindre Harriet dans la bibliothèque.
_ « Cassie m’a prévenu que nous allons bientôt pouvoir dîner » annonça Sarah
Harriet posa son livre et invita Sarah à venir s’asseoir à côté d’elle sur le divan.
_ « Où est Harm ? » demanda t-elle
_ « Il est allé se changer avant de passer à table. Après ce long voyage à cheval, il avait besoin de se rafraîchir » répondit Sarah
_ « Comment se sont passées les retrouvailles avec Mattie ? »
_ « Bien, très bien même. Harm l’a trouvé changé mais en bien. Il faut dire que ces derniers mois ont été éprouvants pour Mattie mais Harm peut être fier d’elle car elle s’est montrée très forte et elle a beaucoup grandi aussi bien physiquement que moralement »
_ « Elle devient une petite femme »
_ « Je crois qu’Harm n’est pas prêt à entendre cela » soupira Sarah en souriant
_ « De quoi parlez-vous mesdames ? »
Harriet et Sarah tournèrent la tête et virent Harm dans l’embrasure de la porte, un grand sourire aux lèvres.
_ « Ce sont des histoires de filles, capitaine. Vous ne pourriez pas comprendre » lui répondit Sarah en lui rendant son sourire
_ « Dans ce cas, je viens vous prévenir que le dîner est servi »
_ « Nous arrivons tout de suite » annonça Harriet
Harm acquiesça et s’en alla. Harriet se leva, suivie par Sarah. Le bras glissé sous celui de son amie, elle se dirigea vers la salle à manger.
_ « Je dois reconnaître que ton capitaine est aussi agréable à regarder de face comme de dos » murmura Harriet en désignant Harm qui marchait devant elles, Mattie à son bras.
_ « Tu n’en a pas idée »
Harm se retourna en entendant les rires étouffés des deux jeunes femmes.
_ « Tout va bien mesdames ? » demanda t-il
_ « Parfaitement bien capitaine. Sarah me confiait juste une anecdote…assez sympathique il faut bien le dire » répondit Harriet
Sarah lui donna un petit coup de coude.
_ « Ah, voyez-vous cela…c’est charmant » conclut Harm en adressant un clin d’œil à Sarah.
Plus tard dans la soirée, 22h00
Sarah entra, sans bruit, dans la chambre d’Harm et le trouva assis à sa table de travail. Elle s’approcha de lui et glissa sa main dans ses cheveux.
Harm sursauta avant de lever les yeux vers elle.
_ « Ma douce, je ne vous avez pas entendu entrer »
_ « Il se trouve que je sais être discrète lorsqu’il le faut » lui répondit Sarah
Harm sourit et assit Sarah sur ses genoux. Sarah portait un déshabillé de satin et elle sentait le souffle chaud d’Harm dans son cou.
Cette sensation lui procurait de tendres frissons au creux des reins et elle se mordit les lèvres pour étouffer un soupir.
Mais Harm remarqua sa mimique. Il caressa délicatement la joue de la jeune femme. Elle tourna la tête vers lui et il captura ses lèvres en un doux baiser qui devint plus passionné lorsque Sarah y répondit.
Les lèvres d’Harm descendirent bientôt le long du cou de la jeune femme, sur sa gorge. Harm déposait des baisers légers comme des plumes sur le décolleté de Sarah, jusqu’à la naissance de sa poitrine.
Ses seins, emprisonnés dans la dentelle de sa chemise de nuit, se soulevaient à chacune des respirations saccadées de Sarah, et Harm ne pouvait s’empêcher d’embrasser cette peau chaude et douce qui s’offrait à lui.
Harm se leva, sans lâcher Sarah. Ils s’étreignirent longuement avant de s’embrasser.
Au bout d’un moment, Harm souleva Sarah dans ses bras et la porta vers le lit. Ils s’embrassèrent encore et encore, comme si chaque baiser était le premier et le dernier.
Harm avait déjà commencé à déboutonner le déshabillé de Sarah avec des mouvements fiévreux. A son tour, Sarah entreprit de le débarrasser de sa chemise. Quand ils furent nus l’un et l’autre, ils s’allongèrent sur le lit… _________________

 "Notre vie est un livre qui s'écrit tout seul. Nous sommes des personnages de roman qui ne comprennent pas toujours bien ce que veut l'auteur."Julien Green |
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